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I want to dream, write, read and laugh every days in my life... Je veux rêver, écrire, lire et rire tous les jours de ma vie... Quiero soñar, escribir, leer y reir cada dia de mi vida...
AXEL LE CONQUERANT
Axel se regarde dans la glace de sa salle de bains, celle qu’il a fait refaire vite fait, bien fait et à moindre coût, par l’artisan du coin, chaleureusement recommandé par sa voisine, certes un peu curieuse et collante par moment, mais qui est un vrai « Guide du Paris pas cher » à elle toute seule. Bref, il se trouve beau Axel aujourd’hui et il a la pêche, la patate, de l’énergie à revendre, ça tombe bien il a une importante affaire à conclure avec ce mec qui vient de Suisse, et qui se balade nonchalamment avec une Rolex au poignet. Axel en est sûr, un jour il aura la même, voir une plus belle, une montre qui a de la classe, et qu’ il portera avec un beau costume Hugo Boss et une belle paire de Weston, comme celle de son pote Georges. Il les a déjà repérées ces belles pompes sur la vitrine du magasin de l’Avenue de Courcelles, pas loin du Parc Monceau, le parc de son enfance. Elles sont chères ces chaussures, mais ce sont des chaussures pour la vie, se dit Axel, et il compte bien se les payer bientôt, peut être même après la signature du contrat de ce matin. Il jette un dernier petit coup d’œil au miroir très design de l’entrée de son bel appartement du XVIIème arrondissement, héritage de son grand oncle Jean, décédé l’année dernière d’une crise cardiaque, alors qu’il jardinait dans le jardin de sa maison de campagne, en Normandie.
Axel dévale les escaliers, au lieu de prendre l’ascenseur, car il aime bien, ça lui fait faire un peu de sport, comme ça l’air de rien. D’un pas décidé, presque félin, il traverse la rue et entre dans la boulangerie tenue par Madame Banne qui l’accueille avec un large sourire et qu’il appelle Miss Banette. La boulangère en rit, elle le trouve tellement charmant ce jeune homme si propre sur lui, et elle se dit qu’il irait bien avec sa fille, Justine, la petite dernière de la famille, qui vient tout juste de finir ses études à HEC. Son pain au chocolat à la main, le voilà bravant les rues de Paris, tout en écoutant avec son I-Pod le dernier tube de Mika, « Take it easy », oui, « easy », facile comme l’affaire qu’il s’apprête à conclure avec le type plein aux as.
Aussi vite qu’elle a commencé, la journée d’Axel a défilé au tempo des mains serrées, coupes de champagne, repas d’affaire, larges sourires, et félicitations en tous genres. Oui, la promotion le guette et l’attend et il va bientôt pouvoir se les offrir ces fichues Weston à 3000 euros, dans la boutique où travaille la jolie vendeuse blonde qu’il a salué la semaine dernière. Il est crevé mais content et fier de lui, voir un peu surexcité à l’idée de participer à la soirée de ce soir. Pour le récompenser, son boss lui a promis de lui faire porter les clés d’une magnifique voiture dernier cri, en guise de prime de mérite, ainsi que deux invitations au Gala de Charité qui doit avoir lieu au coeur du Bois de Boulogne, aux portes de Paris, dans le Pavillon du Pré Catelan, cette demeure de style Napoléon III aux allures de palais champêtre, qui fut édifiée à la Belle Époque. Oui, il est content, impatient mais quelque chose au fond de lui l’incommode, comme si une petite voix (peut-être celle de sa petite conscience), cherchait à se faire entendre, tel un cri étouffé par la détermination et l’ambition d’Axel le conquérant. C’est vrai qu’il a un peu piqué cette affaire au nez et à la barbe d’un de ses collègues, un gars somme toute sympa qui s’est fait rouler en beauté par un jeune premier aux dents qui rayent le parquet, qui soit dit en passant, est magnifique (le parquet du bureau), et Axel se dit qu’il aimerait bien avoir le même dans son nouvel appart. . Bah… Au diable les petites considérations morales, c’est son jour de gloire et il compte bien en profiter, pleinement et avec l’insouciance d’un gamin qui découvre et savoure sa première glace italienne, achetée au vendeur de glace du Jardin d’Acclimatation. Il compte briller de sa présence, se faire connaître des grands de ce monde, des jet-setteurs et célébrités en tout genre, qui aiment se faire photographier pour les magazines « people », que sa grand-mère achète et épluche assidûment toutes les semaines, pour savoir ce qu’à porté la baronne unetelle ou avec qu’elle sublime nana sort l’acteur machin. Il imagine la tête de sa grand-mère si elle le voyait posant dans un de ces magazines, entouré de belles femmes ou serrant la main d’un personnage important. A coup sûr, elle arpenterait les couloirs pour montrer LA photo de SON petit-fils à tous les pensionnaires de la maison de retraite, y compris la Jeannette qu’elle déteste, depuis le jour où celle-ci a refusé de lui prêter un magazine sur les stars, que le libraire n’avait pas pu lui fournir pour cause de rupture de stocks.
Le bruit de la sonnette de la porte tire Axel de ses pensées, rêveries et sentiments controversés. Ce doit être le porteur des invitations aux fameux Gala de Charité, le gala de toutes les opportunités. Axel ouvre et voit un jeune homme très présentable, qui le salue bien poliment et qui lui tend des clés ainsi que les fameuses invitations, du fameux Gala, de cette fameuse journée. Mais quelle fameuse et féminine personne va-t-il inviter à l’accompagner ? Laquelle de ses conquêtes acceptera de passer l’éponge sur son attitude cavalière, de cavaleur invétéré, qui ne rappelle jamais après avoir consommé. Il se voit mal arriver avec un pote, au risque de passer pour un homo, comme ce pauvre Wentworth Miller, la gueule d’ange de Prison Break, qui ne peut pas se balader avec un mec sans qu’on le soupçonne d’être gay. Sa grand-mère lui a tout raconté en détail, en large et en travers, avec le ton d’une ado désespérée de voir son idole peut-être changer de bord. Finalement, Axel décide qu’il ira tout seul à cette soirée, ainsi personne ne lui volera la vedette, ni un pote potentiellement gay, ni un ami qui fait rire toutes les femmes, ni une fille superbe que tous les mecs vont reluquer. Après tout il sait se suffire à lui-même, il l’a déjà prouvé lorsqu’il s’est retrouvé dans des situations bien embarrassantes où l’on aurait bien apprécié avoir un regard, une main complice ou un prétexte pour passer telle une couleuvre entre des chardons mûrs et menaçants. C’est décidé, il ira seul, tel un conquérant, sûr de lui, face à un territoire, une étendue vaste, riche et inconnue.
Un inconnu, voilà ce qu’il est au milieu de cette foule, mais un inconnu tiré à quatre épingles, aussi beau et élégant qu’un prince des milles et une nuit. Et elle va être terrible et inoubliable cette nuit, ça il en est certain, comme un et un font deux, ou que E=mc2, la fameuse formule d’Einstein qu’il admire tant, et qui résume que l’énergie est égale à la matière, et la matière à l’énergie, ce qui permet de dire mathématiquement que de l’énergie on peut créer de la matière et de la matière de l’énergie. Il s’est même inventé une formule rien que pour lui : S=A 2, soit Succès = 2 x A et A = Axel + Ambition, qui finalement donne Ambition d’Axel 2 = Succès garanti. Bon, d’accord, elle est tirée par les cheveux sa formule, mais il y croit et ça le booste. Me voici, me voilà, se dit-il.
Axel sent qu’on l’observe, qu’on le regarde de la tête aux pieds, avec stupeur et admiration. Eh, oui, c’est juste mon charme irrésistible en action, se dit Axel, la tête haute et le regard perçant, comme un aigle cherchant sa proie. Il sent une présence dans son dos. Il se retourne et voit une belle quadragénaire, fine et élégante, qui lui adresse un large sourire, complice et amusé. « Mais voilà mon usurier préféré… Je suis ravie de vous revoir, jeune homme. » lui dit-elle en passant lentement. « Madame… » répond timidement Axel, en hochant la tête. Une autre femme passe, lui sourit, et le salue discrètement, comme si elle ne tenait pas à ce que son mari accroché à son bras, s’attarde à son tour pour faire la connaissance de ce bel inconnu. Axel n’y comprend rien, il ne connaît pas ces femmes, mais qu’importe, il est au milieu de gens importants et friqués et c’est tout ce qui compte pour lui, Axel l’ambitieux.
A peine a-t-il le temps de réaliser ce qui lui arrive, qu’une femme d’une cinquantaine d’années, dûment pomponnée, parfumée, baguée de diamants insolents, et habillée Haute Couture, se glisse à ses côtés. « Ne pourrais-t-on pas aller un peu plus loin, pour parler discrètement ? » lui demande-t-elle d’un ton prétentieux. « Avec plaisir » répond Axel très courtoisement, en se demandant ce que lui veut cette vieille, qui a l’air d’avoir plein d’oseille, ce qui mérite qu’on lui accorde un certain intérêt. La dame lui chuchote : « J’ai entendu dire que vous êtes disposé à prêter d’importantes sommes d’argent, avec un taux certes très élevé, mais je n’ai pas le choix. J’ai, dernièrement, un peu trop fréquenté les casinos, et beaucoup perdu… Enfin, vous savez ce que c’est… Avec l’euphorie du jeu, on ne sait plus s’arrêter. Je n’ai pas spécialement envie que mon mari soit au courant de nos petites affaires, ni de mes excès, d’ailleurs. Je vous laisse ma carte. Contactez-moi de préférence le matin, à partir de 10 heures, mon mari est rarement présent à cette heure là. J’attends votre appel. Je vous laisse, j’aperçois mon mari ». Elle tourne les talons et s’en va.
Axel est surpris, interloqué, dubitatif, interrogatif, pensif, mais cela ne l’empêche pas de mettre la petite carte dans sa poche, car on ne sait jamais, ça peut toujours servir. Elle a dû me prendre pour quelqu’un d’autre se dit-il, mais qu’importe, pourvu qu’on ait l’ivresse. Il en profite pour prendre une coupe de champagne que lui tend un serveur sur un plateau d’argent, magnifiquement travaillé, ciselé des armoiries de je ne sais quelle confrérie, ou famille influente. Il boit quelques gorgées de ce bon et beau nectar à la robe dorée et pétillante, ça c’est du bon champagne et la vie est belle !
Et là, il s’arrête net, devient tout rouge et toussote, car il manque de s’étouffer. Totalement ahuri, avec son verre de champagne et un mouchoir que lui a tendu un serveur habillé en pingouin du fond de la banquise, Axel est planté et pétrifié au milieu de ce parterre de personnalité. Il n’en croit pas ses yeux. Un homme est devant lui. Ce type, le regarde avec, dans le regard, la même sensation étrange, qu’Axel vient de ressentir. Une sensation de déjà vu, c’est le cas de le dire ! Les gens autour d’eux ont l’air de s’amuser de cette rencontre, une rencontre du cinquième type, au moins, ou du moins une rencontre entre deux types.
« Bonjour, je me présente Arthur Delapogé. Je crois qu’on se ressemble un peu. » dit-il. « Moi, c’est Axel Victoire. Oui, vous êtes mon sosie j’ai l’impression ». « Correction, jeune Axel… VOUS êtes mon sosie, car je suis plus âgé que vous. Je ne crois pas au hasard, je suis sûr qu’on était fait pour se rencontrer »…
Izzabel R.
Septembre 2007
Publié le 13/09/2007 à 19h18 dans Textes & poèmes en français